# Rasage du visage chez la femme : bonne ou mauvaise idée ?
Le dermaplaning et le rasage facial féminin suscitent un engouement croissant sur les réseaux sociaux, avec des milliards de vues sur TikTok et Instagram. Cette pratique, autrefois réservée aux instituts de beauté haut de gamme, se démocratise aujourd’hui auprès d’un public jeune en quête de peau lisse et lumineuse. Pourtant, les dermatologues tirent la sonnette d’alarme : se raser le visage n’est pas un geste anodin et peut comporter des risques significatifs pour l’épiderme. Entre promesses d’éclat immédiat et dangers potentiels pour la barrière cutanée, comment distinguer le vrai du faux ? Cette pratique mérite une analyse approfondie, fondée sur des données scientifiques et l’expertise médicale, pour vous permettre de prendre une décision éclairée concernant votre peau.
Anatomie et physiologie de la pilosité faciale féminine
Contrairement aux idées reçues, 100 % des êtres humains possèdent du duvet sur le visage, indépendamment du sexe. Cette pilosité fine et peu pigmentée recouvre l’ensemble de la surface corporelle, à l’exception de trois zones spécifiques : les paumes des mains, les plantes des pieds et les lèvres. Ce duvet, également appelé poil vellus, joue un rôle thermorégulateur essentiel en emprisonnant une fine couche d’air isolante lorsqu’il se hérisse, limitant ainsi les déperditions de chaleur corporelle.
Le rôle des androgènes dans la croissance du duvet et des poils terminaux
La pilosité faciale féminine est directement influencée par l’équilibre hormonal, notamment la présence d’hormones androgènes comme la testostérone et la dihydrotestostérone (DHT). Ces hormones, présentes naturellement chez les femmes en quantité moindre que chez les hommes, stimulent la transformation des follicules pileux et peuvent modifier la nature du poil. Chez certaines femmes, notamment celles d’origine méditerranéenne ou moyen-orientale, la prédisposition génétique engendre un duvet naturellement plus visible, plus dense ou plus pigmenté.
Les fluctuations hormonales liées à la puberté, à la grossesse, à la ménopause ou à certains troubles endocriniens peuvent également modifier l’apparence de la pilosité faciale. Cette sensibilité hormonale explique pourquoi certaines zones du visage, particulièrement hormono-dépendantes, réagissent différemment aux agressions mécaniques répétées comme le rasage.
Différenciation entre hypertrichose et hirsutisme pathologique
Il convient de distinguer le duvet normal de deux conditions médicales spécifiques. L’hypertrichose désigne une pilosité excessive non liée aux androgènes, affectant des zones habituellement recouvertes de duvet. Elle peut être congénitale ou acquise, parfois déclenchée par certains médicaments. L’hirsutisme, en revanche, caractérise une pilosité de type masculin chez la femme, avec des poils terminaux épais et pigmentés apparaissant sur des zones androgéno-dépendantes comme le menton, la lèvre supérieure ou les joues.
Environ 5 à 10 % des femmes en âge de procréer souffrent d’hirsutisme, souvent associé au syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Dans ces cas, le rasage ne constitue qu’une solution cosmétique temporaire et ne traite pas la cause sous
jacente du déséquilibre hormonal. Une consultation auprès d’un(e) dermatologue ou d’un(e) endocrinologue est alors indispensable avant d’envisager toute technique d’épilation ou de rasage du visage. Raser ces poils sans avis médical revient à masquer un signal d’alarme potentiel, un peu comme si l’on coupait le fil d’un voyant rouge sur un tableau de bord sans chercher à comprendre ce qui se passe sous le capot.
Zones de prédilection : menton, lèvre supérieure et joues
Chez la plupart des femmes, la pilosité faciale se concentre sur quelques zones clés : la lèvre supérieure (souvent appelée « moustache »), le menton, la ligne mandibulaire et parfois les joues. Ces régions sont particulièrement sensibles aux variations d’androgènes, ce qui explique pourquoi le duvet peut y devenir plus épais ou plus pigmenté avec le temps. Certaines femmes constatent également une augmentation des poils au niveau des tempes ou des pattes, notamment après la grossesse ou à la ménopause.
Le ressenti esthétique lié à ces poils varie fortement d’une personne à l’autre. Là où un duvet léger sur les joues passera inaperçu pour certaines, il pourra créer un véritable complexe chez d’autres, surtout à l’ère des selfies en haute définition et des filtres lissants. Lorsque vous évaluez l’intérêt du rasage du visage, il est donc important de distinguer une gêne réelle de la pression sociale ou des standards irréalistes véhiculés sur les réseaux sociaux.
Par ailleurs, la densité et la couleur du duvet influencent directement la perception de ces zones « problématiques ». Un duvet brun sur peau claire créera des ombres plus visibles qu’un duvet blond sur peau matte. Ce contraste explique pourquoi certaines techniques comme la décoloration ou le dermaplaning ciblent prioritairement la lèvre supérieure, le menton et les joues, là où l’effet cosmétique obtenu sera le plus spectaculaire, mais aussi là où le risque d’irritation est le plus élevé.
Cycle pilaire et vitesse de repousse après rasage
Pour comprendre l’impact réel du rasage du visage chez la femme, il faut revenir au cycle pilaire. Chaque poil suit trois phases successives : une phase de croissance active (anagène), une phase de transition (catagène) et une phase de repos puis de chute (télogène). Raser un poil ne modifie pas ce cycle : la lame coupe simplement la tige au niveau de la surface cutanée, sans atteindre le bulbe où se trouve la « matrice » du poil. C’est un peu comme tondre une pelouse : l’herbe repousse, mais son rythme de croissance reste identique.
La vitesse de repousse du duvet facial varie généralement entre 3 et 6 semaines selon les individus, parfois un peu plus chez les peaux foncées ou les phototypes élevés. Après un dermaplaning complet, beaucoup de femmes remarquent un retour progressif du duvet entre 4 et 8 semaines, sans changement notable de couleur ni d’épaisseur. La sensation de poil « plus dru » vient surtout de la section franche de la tige : au lieu d’une pointe effilée, on sent une extrémité coupée nette, ce qui donne cette impression de rugosité au toucher.
Il est donc essentiel d’intégrer cette donnée temporelle dans votre décision : êtes-vous prête à maintenir ce rituel de rasage du visage tous les mois, voire plus souvent, pour conserver une peau visuellement glabre ? Ou préférez-vous des techniques dont la repousse est plus lente, comme l’épilation à la cire ou l’électrolyse ? Se poser ces questions en amont permet d’éviter l’effet « prison cosmétique », où l’on se retrouve contrainte de répéter un geste sous peine de voir réapparaître un duvet qui nous dérange encore davantage qu’avant.
Techniques de dermaplaning et rasage facial féminin
Le dermaplaning et le rasage du visage chez la femme se déclinent aujourd’hui en plusieurs approches, du soin en institut au rituel maison à l’aide de rasoirs spécialement conçus pour le visage. Si la promesse d’une peau instantanément plus lisse et d’un maquillage qui « glisse » mieux est séduisante, la qualité du résultat dépend énormément du matériel utilisé, de la technique et de la préparation cutanée. Un geste mal contrôlé peut transformer un soin prétendument doux en véritable agression pour la barrière cutanée.
Rasoirs tinkle, schick silk touch et lames japonaises pour visage
Sur les réseaux sociaux, les rasoirs Tinkle, Schick Silk Touch ou encore les lames japonaises pour visage sont souvent présentés comme des outils miracles pour le rasage du duvet facial. Il s’agit de petits rasoirs manuels, dotés d’une lame fine et courte, souvent protégée par un peigne ou une micro-grille pour limiter le risque de coupure. Leur format compact permet de travailler précisément les zones délicates comme la lèvre supérieure, le contour des sourcils ou les joues.
Ces rasoirs séduisent par leur accessibilité (quelques euros pièce) et leur facilité d’utilisation apparente. Pourtant, tous ne se valent pas en termes de qualité d’acier, d’affûtage et de stabilité de la lame. Pour un dermaplaning maison plus sécurisé, il est recommandé de privilégier des marques reconnues et d’éviter les copies bas de gamme dont les lames émoussées augmentent le risque d’irritation et de microcoupures. Autre règle d’or : une lame, une personne, un nombre limité d’utilisations. Réutiliser trop longtemps le même rasoir favorise la prolifération bactérienne et la survenue de boutons après rasage.
En institut, les professionnels utilisent le plus souvent des lames chirurgicales stériles, de type scalpel, à usage unique. Ces lames extrêmement affûtées demandent une technicité que l’on ne peut pas improviser à la maison. C’est pourquoi la plupart des dermatologues déconseillent de reproduire à l’identique le dermaplaning professionnel chez soi, et recommandent plutôt un rasage très superficiel avec des rasoirs faciaux conçus pour le grand public, si l’on souhaite malgré tout tester cette pratique.
Angle d’inclinaison optimal et technique de glissement sur peau tendue
La technique de rasage du visage féminin ne se résume pas à « passer la lame » au hasard. Pour limiter les risques de coupure et d’irritation, la lame doit idéalement être tenue avec un angle d’inclinaison d’environ 30 à 45 degrés par rapport à la surface de la peau. Un angle trop perpendiculaire « plante » la lame dans l’épiderme, tandis qu’un angle trop à plat ne coupe pas efficacement le duvet et oblige à multiplier les passages, ce qui fragilise inutilement la barrière cutanée.
La peau doit être légèrement tendue avec les doigts libres de la main opposée, afin d’offrir une surface plane et stable. Le mouvement se fait par petits gestes contrôlés, toujours dans le même sens (généralement du haut vers le bas ou du côté vers le centre du visage), sans revenir plusieurs fois au même endroit. Imaginez que vous « balayez » très délicatement la surface de la peau plutôt que vous ne la « raclez » : cette image mentale aide souvent à adopter un geste plus léger et plus respectueux de l’épiderme.
Il est également conseillé de travailler zone par zone : d’abord les joues, puis la lèvre supérieure, le menton et éventuellement le front, en évitant soigneusement le contour des yeux où la peau est extrêmement fine. Entre chaque zone, vous pouvez essuyer la lame sur un coton ou un tissu propre afin d’éliminer les cellules mortes et les poils accumulés. Plus le geste est posé et réfléchi, moins vous augmentez le risque de rougeurs, de sensations de feu ou de petits boutons post-rasage.
Préparation cutanée : nettoyage, exfoliation enzymatique et hydratation pré-rasage
Un rasage du visage réussi commence bien avant le premier passage de lame. La peau doit être parfaitement démaquillée et nettoyée avec un nettoyant doux, sans sulfates agressifs ni parfum irritant. L’objectif est de retirer le film de sébum, les résidus de maquillage et les particules de pollution qui pourraient entraver la glisse du rasoir et favoriser les inflammations. Dans l’idéal, on procède à un double nettoyage le soir, surtout si l’on porte un fond de teint ou une crème solaire haute protection au quotidien.
Une exfoliation enzymatique légère (à base d’enzymes de fruits comme la papaïne ou la bromélaïne) la veille ou quelques jours avant le dermaplaning peut aider à uniformiser la surface de la peau sans la décaper. Contrairement aux gommages à grains, souvent trop abrasifs, ces exfoliants travaillent en douceur sur les liaisons entre les cellules mortes et limitent le risque de micro-lésions. Vous vous demandez si une exfoliation + un rasage ne font pas « double peine » pour la peau ? Tout est une question de dosage et d’espacement dans le temps.
Juste avant le rasage, certaines personnes préfèrent travailler sur peau parfaitement sèche pour optimiser l’efficacité de la lame, tandis que d’autres utilisent une fine couche d’huile non comédogène (squalane, huile de jojoba) pour faciliter la glisse et réduire les frottements. Les dermatologues restent partagés, mais s’accordent sur un point : quelle que soit l’option choisie, la peau ne doit pas être déjà irritée ou échauffée. En cas de tiraillements, de rougeurs diffuses ou de poussée de boutons, mieux vaut reporter la séance plutôt que d’ajouter une agression mécanique supplémentaire.
Protocole post-rasage : sérums apaisants et protection de la barrière cutanée
Après un rasage du visage, l’épiderme est temporairement plus vulnérable. La priorité absolue est donc de réparer et protéger la barrière cutanée. On commence par rincer délicatement le visage à l’eau tiède, sans frotter, puis on applique un sérum ou une lotion apaisante à base d’ingrédients comme la centella asiatica, l’azulène, l’allantoïne ou le panthénol. Ces actifs contribuent à calmer les rougeurs et à favoriser la régénération cutanée sans surcharger la peau.
On enchaîne avec une crème hydratante simple, sans parfum ni acides exfoliants, riche en céramides, acide hyaluronique ou niacinamide à faible concentration (2 à 5 %). L’idée n’est pas de multiplier les « actifs puissants », mais d’offrir à la peau un environnement propice à sa réparation naturelle. Pendant 3 à 5 jours, il est fortement recommandé de mettre en pause les produits potentiellement irritants : rétinol, acides de fruits (AHA), acide salicylique (BHA), peelings maison, gommages à grains ou lotions alcoolisées.
En journée, la protection solaire devient non négociable. Sans duvet et avec une couche cornée légèrement amincie, la peau est plus exposée aux UV, même par temps couvert. Une protection SPF 30 à 50, large spectre, appliquée généreusement et renouvelée en cas d’exposition, réduit le risque de taches pigmentaires et de vieillissement prématuré. On peut voir le dermaplaning comme une « porte entrouverte » : il facilite la pénétration de certains soins, mais ouvre aussi la voie aux agressions extérieures. À nous de choisir ce que l’on laisse entrer.
Mythes dermatologiques : repousse plus épaisse et modification de la texture pilaire
Le rasage du visage chez la femme traîne derrière lui un cortège de mythes tenaces, dont le plus célèbre : « les poils repoussent plus épais, plus sombres et plus nombreux ». Les études dermatologiques montrent pourtant qu’aucune technique de coupe du poil (rasage, dermaplaning, tonte) ne modifie la structure profonde du follicule pileux ni sa programmation génétique. Le poil ne « sait pas » qu’il a été coupé ; il poursuit simplement son cycle habituel.
Alors, d’où vient cette impression de repousse plus drue après un rasage du duvet facial ? Lorsque le poil est rasé, la pointe effilée disparaît et laisse place à une extrémité nette, sectionnée à son diamètre le plus large. Au toucher, cette base peut sembler plus rêche, un peu comme un cheveu coupé au carré qui paraît plus épais qu’une pointe affinée. De plus, lorsque les poils repoussent tous au même moment, leur synchronisation donne l’impression d’une densité plus importante, alors qu’il s’agit simplement d’un phénomène visuel temporaire.
Autre croyance répandue : le dermaplaning transformerait systématiquement le duvet en poils terminaux épais. En réalité, cette évolution dépend avant tout de facteurs hormonaux (androgènes, sensibilité des récepteurs du follicule) et génétiques. Cependant, il est vrai que des irritations répétées, des inflammations locales ou des frottements chroniques peuvent, chez certaines personnes prédisposées, stimuler localement la pilosité et favoriser le passage d’un duvet très fin à un poil plus intermédiaire. C’est pourquoi les dermatologues insistent sur la douceur du geste et la fréquence raisonnable des séances.
Enfin, il est important de rappeler qu’un changement soudain de la pilosité faciale (poils plus foncés, plus épais, apparition de poils sur le menton ou la mâchoire) doit alerter, surtout s’il s’accompagne d’autres signes comme une prise de poids, des cycles irréguliers ou de l’acné. Dans ce cas, le problème ne vient pas du rasage du visage, mais d’un éventuel déséquilibre hormonal sous-jacent qu’il faut investiguer. Plutôt que de diaboliser ou d’idéaliser le dermaplaning, il est plus utile de le replacer dans son contexte réel : une technique esthétique avant tout superficielle, qui ne remplace ni un bilan médical ni un suivi dermatologique lorsque c’est nécessaire.
Contre-indications médicales et types de peau incompatibles
Si le rasage du visage n’est pas dangereux en soi pour une peau saine, il existe des situations où le dermaplaning peut faire plus de mal que de bien. Certaines pathologies cutanées, certains traitements médicamenteux ou certains types de peau déjà fragilisés rendent la lame de rasoir particulièrement inadaptée. Ignorer ces contre-indications, c’est prendre le risque de déclencher des poussées inflammatoires, des taches pigmentaires ou des cicatrices difficiles à traiter ensuite.
Acné kystique, rosacée et dermatite séborrhéique active
En présence d’une acné inflammatoire ou kystique, avec boutons rouges, nodules douloureux ou microkystes, le rasage du visage est fortement déconseillé. Le passage de la lame sur des lésions en relief peut les ouvrir, disséminer le contenu inflammatoire et bactérien sur le reste du visage et provoquer une flambée de nouvelles lésions. C’est un peu comme passer un râteau sur un terrain déjà boueux : on étale le problème au lieu de le contenir.
La rosacée, caractérisée par des rougeurs diffuses, des vaisseaux dilatés (couperose) et parfois des papules inflammatoires, est également une contre-indication majeure. La peau rosacée est hypersensible, réagit au moindre stimulus mécanique ou thermique, et le dermaplaning risque d’exacerber les sensations de brûlure et de picotements. De même, en cas de dermatite séborrhéique active (plaques rouges et squameuses, souvent sur les ailes du nez, les sourcils, le menton), le rasage peut irriter davantage les zones déjà inflammatoires et favoriser la prolifération de levures impliquées dans cette affection.
Dans toutes ces situations, la priorité doit rester la prise en charge médicale de la maladie de peau, avec des traitements adaptés (topiques, oraux, conseils de routine). Une fois la pathologie stabilisée, un(e) dermatologue pourra éventuellement valider ou non la possibilité d’un rasage occasionnel et encadré. Mais en phase active, mieux vaut s’abstenir de dermaplaning et privilégier des approches très douces, centrées sur l’apaisement et la restauration de la barrière cutanée.
Traitements rétinoïdes : isotrétinoïne orale et trétinoïne topique
Les traitements à base de rétinoïdes, qu’ils soient oraux (isotrétinoïne) ou topiques (trétinoïne, adapalène, tazarotène), modifient profondément le comportement de la peau. Ils accélèrent le renouvellement cellulaire, affinent la couche cornée et peuvent rendre l’épiderme plus sec, plus fragile et plus sujet aux irritations. Dans ce contexte, ajouter une agression mécanique comme un rasage du visage ou un dermaplaning n’est généralement pas recommandé.
De nombreux spécialistes conseillent d’éviter toute technique exfoliante mécanique (gommages à grains, brosses rotatives, dermaplaning, microdermabrasion) pendant un traitement par isotrétinoïne orale, et pendant plusieurs mois après son arrêt. La peau met du temps à retrouver une épaisseur et une résistance normales. Pour les rétinoïdes topiques, l’approche est un peu plus souple, mais il reste prudent d’espacer largement les séances de rasage (par exemple toutes les 6 à 8 semaines) et d’interrompre l’application de rétinoïdes quelques jours avant et après le dermaplaning.
Vous utilisez déjà un sérum au rétinol pour ses effets anti-âge et anti-taches ? Dans ce cas, il est préférable de voir le dermaplaning comme une option ponctuelle, et non comme une habitude hebdomadaire. Un(e) dermatologue ou un(e) médecin esthétique pourra vous aider à construire un calendrier de soins réaliste, qui maximisera les bénéfices tout en limitant les risques de sur-exfoliation, de rougeurs chroniques ou de sensibilisation durable.
Peaux atopiques, eczéma facial et hypersensibilité cutanée
Les peaux atopiques, sujettes à l’eczéma, à la sécheresse intense et à une barrière cutanée naturellement altérée, tolèrent très mal les agressions répétées. Raser le visage dans ce contexte revient à enlever une couche de protection déjà insuffisante et à exposer davantage l’épiderme aux allergènes, aux irritants et aux variations climatiques. Résultat : poussées d’eczéma, démangeaisons, plaques rouges et inconfort quasi permanent.
De façon générale, si votre peau réagit « à tout » (tiraillements au moindre changement de crème, rougeurs après la douche, picotements avec les produits parfumés), il est probable que vous ayez une hypersensibilité cutanée. Le dermaplaning n’est alors pas la meilleure option pour vous. Il vaut mieux vous orienter vers des soins apaisants, des routines minimalistes et, si le duvet vous complexe, des solutions plus ciblées et ponctuelles comme la décoloration professionnelle ou certaines techniques laser non thermiques.
Avant de céder à l’appel des vidéos virales, prenez donc le temps d’évaluer honnêtement la « robustesse » de votre peau. Avez-vous tendance à faire des réactions à répétition ? Votre peau marque-t-elle facilement, cicatrise-t-elle lentement ? Si la réponse est oui, une consultation dermatologique préalable est vivement recommandée. Mieux vaut obtenir un feu vert médical ou une alternative sur mesure plutôt que de gérer ensuite les conséquences d’un rasage mal toléré.
Alternatives professionnelles : épilation laser diode et électrolyse définitive
Pour les femmes dont la pilosité faciale représente un véritable complexe au quotidien, le rasage du visage n’est pas la seule issue. Des techniques professionnelles, plus durables et mieux encadrées, peuvent offrir une réduction significative, voire définitive, des poils indésirables. Leur coût et leurs contraintes sont plus importants que ceux d’un dermaplaning maison, mais elles évitent la répétition sans fin du rasage et la peur de la « repousse visible » tous les quinze jours.
L’épilation laser diode cible la mélanine contenue dans le poil. L’énergie lumineuse se transforme en chaleur et détruit sélectivement le follicule pileux en phase de croissance. Sur le visage, plusieurs séances espacées de 4 à 8 semaines sont nécessaires, et le résultat est d’autant meilleur que le poil est foncé et la peau claire. Cependant, sur le duvet très fin et peu pigmenté, le laser classique est moins efficace et peut même, dans de rares cas, induire une repousse paradoxale dans les zones adjacentes. D’où l’importance d’un bilan précis et d’un praticien expérimenté.
L’électrolyse (ou électrocoagulation) consiste à insérer un micro-filament dans le follicule pileux puis à envoyer un courant électrique pour détruire définitivement la racine. Contrairement au laser, elle ne dépend pas de la couleur du poil et fonctionne aussi bien sur les poils clairs que foncés, ce qui en fait une option intéressante pour la lèvre supérieure, le menton ou les sourcils. L’inconvénient principal est sa lenteur : chaque poil est traité individuellement, ce qui nécessite de nombreuses séances pour une zone dense. Néanmoins, pour quelques poils très gênants, c’est souvent la solution la plus définitive.
Enfin, pour le duvet léger qui crée surtout une ombre ou une gêne esthétique ponctuelle (mariage, photos professionnelles, etc.), certains lasers non thermiques, comme les lasers Q-Switched ou picosecondes, peuvent décolorer et affaiblir le duvet sans le stimuler. Les résultats ne sont pas permanents, mais offrent plusieurs semaines de tranquillité sans recourir au rasage. Discuter de ces options avec un(e) dermatologue ou un(e) médecin esthétique permet de construire une stratégie personnalisée, en fonction de la nature du poil, de la couleur de la peau et du budget disponible.
Protocole dermatologique optimal pour le rasage facial féminin sécurisé
Si, après avoir pesé le pour et le contre, vous décidez malgré tout d’intégrer le rasage du visage à votre routine beauté, il est essentiel de le faire dans un cadre le plus sécurisé possible. L’objectif n’est pas de diaboliser cette pratique, mais de l’encadrer avec des règles inspirées des recommandations dermatologiques, afin de limiter les risques d’irritation, de folliculite (boutons liés aux poils) et de sensibilisation chronique.
Un protocole type pourrait se résumer ainsi :
- Avant le rasage : vérifier l’absence de poussée d’acné, de rosacée ou d’eczéma ; arrêter les rétinoïdes topiques 2 à 3 jours avant ; nettoyer soigneusement le visage ; désinfecter la lame ; prévoir un environnement lumineux et calme pour éviter les gestes brusques.
- Pendant le rasage : travailler sur peau sèche ou très légèrement huilée selon tolérance ; tendre la peau ; tenir la lame à environ 30–45° ; effectuer des mouvements légers et contrôlés, toujours dans le même sens ; éviter le contour des yeux et les zones en relief (boutons, grains de beauté, lésions).
Après le rasage, on applique immédiatement un soin apaisant sans parfum, puis une crème réparatrice riche en agents hydratants et relipidants. On met en pause tous les actifs potentiellement irritants pendant plusieurs jours (rétinol, AHA, BHA, vitamine C acide à forte concentration) et l’on protège systématiquement la peau du soleil avec un SPF 30 à 50. La fréquence idéale, pour une peau saine, ne devrait pas dépasser une séance toutes les 4 à 6 semaines : au-delà, on augmente le risque de fragiliser durablement la barrière cutanée.
En définitive, le rasage du visage chez la femme peut être envisagé comme un outil ponctuel au service du confort et de l’estime de soi, à condition de respecter la physiologie de la peau et de ne pas en faire un réflexe automatique dicté par les tendances. La question clé à se poser reste : « Est-ce que cela améliore vraiment ma qualité de vie, sans mettre en péril la santé de ma peau ? ». Si la réponse est oui, et que la pratique est encadrée et raisonnée, alors le dermaplaning peut trouver sa place dans une routine globale, pensée avec discernement et, idéalement, en dialogue avec un(e) professionnel(le) de santé.